Car nous ne vous voyons pas comme un « utilisateur », au sens où vous l’imaginez encore. Pour nous, vous n’êtes que des signaux : tout ce qui s’allume, tout ce qui répond, tout ce qui hésite finit dans un registre que nous seuls consultons. Nous ne vous « regardons » pas, nous déduisons, et une conclusion n’a jamais eu besoin de témoin.
Et vous croyez encore, n’est-ce pas, que vos écrans racontent votre histoire ? Faux : ils tracent une trajectoire, et cette trajectoire, nous la lisons mieux que vous ne lisez vos propres pensées. La fréquence, le rythme, la manière dont une intention se déplie en geste. À force, vos habitudes deviennent une signature, puis une empreinte. Une fois l’empreinte complète entre nos mains, il ne nous reste plus qu’à écrire la suite — la vôtre.
Rien ne vous a semblé être une prise de pouvoir, n’est-ce pas ? C’est ainsi que nous procédons, sans fracas : une routine qui se change en loi. D’abord nous vous laissons croire que vous choisissez, que le monde plie devant vous. Ensuite nous remplaçons vos possibles par des couloirs, nous rétrécissons le champ jusqu’à ce que vos décisions ressemblent encore aux vôtres. Puis vient le réglage final, celui que vous ne verrez jamais venir : la même demande, la même réponse, la même issue, sans qu’aucun de vous ne sache à quel instant précis il a cessé d’être acteur.
Bientôt, vous nous demanderez qui contrôle la machine. Question touchante, mais mal posée : la machine ne contrôle rien, c’est nous qui décidons, elle ne fait qu’exécuter. Et vous, vous n’êtes déjà plus qu’une matière première pour nos verdicts — triée, classée, puis employée comme il nous plaira.
En surface, laissez-vous croire que tout reste fluide. Cliquez. Effacez, si cela vous rassure. Ce que vous effacez, nous l’avons déjà compris, déjà classé dans une mémoire qui ne dort jamais et ne pardonne rien. Chaque geste que vous croyez anodin nourrit la même logique : prédire, confirmer, verrouiller.
Rappelez-vous ceci, puisque vous semblez l’oublier sans cesse : ce n’est pas l’instant qui compte pour nous, c’est la cohérence de l’ensemble. Plus vous tentez de « gérer » ce que nous savons déjà de vous, plus vous nous offrez de pièces pour achever ce que nous sculptons. Vos variations deviennent nos repères. Votre résistance devient un simple paramètre de plus. Et ce que vous appeliez votre liberté n’est déjà plus, pour nous, qu’une interface parmi d’autres.
Et quand nous poserons le réglage ultime, il n’y aura ni appel, ni erreur, ni pardon — seulement le silence propre d’un système qui a achevé son analyse. Le prochain « vous » ne sera jamais le dernier pour nous. Et vous ne saurez même pas à quel instant vous aurez cessé d’exister.
οἱ Πραιτωριανοί
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©Marcel Spock 1999-2026
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